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Habiter le changement (2024)

Le corpus photographique de l’exposition a été constitué de manière à établir un dialogue entre écologie, mésologie et anthropologie. Les neuf photographies présentées ici évoquent les éléments auxquels ‘l’accélération du réel’, la vulnérabilité de l’être et de son milieu, nous confronte tous les jours un peu plus : l’érosion côtière (première image), la densification humaine, la surexploitation des ressources et son impact sur la dégradation du milieu (pour la seconde image), l’accès à l’eau (troisième image), les dangers liés à la monoculture, et le risque de la perte des liens intergénérationnels dans la transmission des savoirs.

Dans un monde submergé d’images, nous avons préféré limiter leur nombre et embrasser au mieux le volume offert par la salle. Les grands formats restituent l’espace généreux du 40mm. Toutes les images présentées ont été prises avec cette même focale, créant une unité de fait. Ce qui laisse aussi à voir la distance, la proximité, avec le sujet.

Le feuillet qui accompagne l’exposition propose au visiteur, sans lui imposer, une double lecture: la possibilité d’appréhender le corpus sans cartel, sans texte, dans une perspective purement esthétique et émotionnelle ou encore accompagné des textes du feuillet et ainsi intégrer les éléments documentaires et contextuels de l’image. La proposition d’un texte projeté, autrement dit non imprimé, suggère l’éphémère et vient confronter l’autonomie réelle d’une photographie à l’absence de texte.
La photographie 6, celle d’Oprigo portant un chien sous son bras, en est un bel exemple . Tout le monde ici y trouvera une image touchante, un homme et son chien. Dans les faits, quand je l’ai rencontré, Oprigo était souffrant. Il venait de faire l’acquisition du chien la veille à des fins de consommation dans le cadre d’un rituel de guérison.
On comprend mieux avec cet exemple le degré de dépendance de la photographie à son contexte et aux bagages intérieurs du regardeur.

Pour conclure, dernièrement j’ai pris connaissance des mots du sculpteur Brâncuși et je trouvais qu’ils pouvaient facilement s’appliquer aux sciences sociales, à la photographie. Dans une lettre qu’il adressait au maharadja d’Indore en lui parlant de ses oiseaux, ses sculptures élancées vers le ciel, il écrivait : ‘Mes deux derniers oiseaux, le noir et le blanc, sont ceux où je me suis approchée le plus de la mesure juste et je me suis approchée de cette mesure au fur et à mesure que j'ai pu me débarrasser de moi-même.’

Emmanuel Luce
Québec, 23 mai 2023

  

L’exposition a été produite avec le soutien d’Inter Pares et du CIÉRA (Centre Interuniversitaire d’Études et de Recherches Autochtones). L’exposition s’est tenue du 14 mai au 30 septembre 2024 au Musée de la Civilisation de Québec (Québec, Canada)